Témoignages (2nde Guerre Mondiale)
Souvenirs de ses habitants et de ses libérateurs.

Avant le débarquement
1935 environ-
Derrière le bois du Pavillon, un grand mur (de ferme ou de clôture) sert de cible d’entraînement au tir pour des militaires français.
Dernier souvenir de Jean Demonchy, non vérifié.
1938-1939 –
L’aérodrome de Mathieu et sa piste d’atterrissage sont construits. Il est peu utilisé, cependant quelques avions atterrissent; des appareils français, canadiens, anglais et américains. En juin 40, les Anglais détruisent sur place des avions en panne qu’ils n’ont pas le temps de réparer avant de rejoindre l’Angleterre.
Livre de Mathieu.
Hiver 39-40–
Mme. Mengin est à Plumetot avec ses enfants pendant que son mari est mobilisé au 36è. d’artillerie à Caen. “Ce fut pour nous une expérience car cette maison, étant une résidence d’été, n’avait aucun confort et pas de chauffage! A la guerre comme à la guerre!….à nous les gros édredons et les toilettes à l’eau froide!”
Henry Mengin.
17 juin 40-
Elle part avec eux en exode, via Fougères, Saumur, Lussac et la Haute-Vienne pour rejoindre son mari Etienne Mengin, le père d’ Henry, à Cahors, après bien des péripéties.
Extraits des souvenirs d’ Henry Mengin concernant cette période.
1940 –
Après l’armistice, les Allemands utilisent la piste d’atterrissage, située un peu plus au nord, sur les terres de M. Hamelin et M. Demonchy qui coupaient alors la route actuelle de Plumetot. (Piste en terre non aménagée.) Ils démolissent le mur d’enceinte du bois du Pavillon pour empierrer et prolonger cette piste jusqu’au bois. Une D.C.A. est installée à Plumetot, les officiers d’aviation sont logés au château. Plusieurs avions allemands, (rescapés de la guerre d’Espagne) s’écrasent au décollage ou à l’atterrissage, ou prennent feu. En 41, un avion lâche une bombe dans la carrière avant de s’écraser près de la ferme Hue; 3 aviateurs sont tués. Le dernier bombardier allemand, un Messerchmitt, décolle, coupe la cime d’un arbre et s’écrase en flammes vers Périers.
Le pilote est tué.

Récit de Jean Demonchy, 20 ans en 44.
Août 40-
Etienne Mengin ayant été démobilisé sur place, la famille Mengin revient à Caen et s’installe dans sa maison de la rue des Carmélites. Peu de temps après leur retour, “apprenant que les Allemands occupent la maison de Plumetot, papa décide d’aller voir ce qui s’y passe, et nous y partons tous les deux à vélo. Nous sommes reçus par un capitaine et un dialogue de sourds s’engage, chacun se refusant à laisser deviner qu’il comprend un peu la langue de l’autre. Ils s’expriment donc en Anglais. C’est en pénétrant dans la cuisine que mon père prononce par erreur le mot “küche”. L’officier, le regardant alors, lui dit : “Non monsieur, “küche”, c’est allemand et en anglais, c’est “kitchen” ! vous connaissez un peu notre langue et moi un peu la vôtre”. Et la conversation se poursuit en français. Nous constatons ensuite que la grande table de la salle à manger est installée dehors, entourée d’officiers, et qu’une fois le repas terminé, assiettes et verrerie sont lancées dans une tranchée où elles se retrouvent en morceaux. Tranchée que nous retrouverons lors des travaux de terrassements en 1972, remplie de verres et de vaisselle pilés ! Peu de choses resteront dans cette maison, occupée par les armées successives de 1940 à fin 1944.”
Henry Mengin.
1942-
Des Allemands s’installent dans la ferme des Ygouf (actuelle maison des Fresnel, Bout au Cerf). Mme Ygouf y vit seule car son mari, tout comme Louis Marin, a été envoyé en Allemagne au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire.) Le capitaine allemand possède 2 chevaux de monte qu’il prête de temps en temps à Henri Marin et Marcel Demonchy qui ont le même âge. Henri est employé chez Mme Ygouf. Cela faillit coûter la vie à Marcel le jour où ils ramenèrent un des chevaux blessé. Sans l’intervention de Mme Ygouf, il était tué d’un coup de révolver par le capitaine furieux.
Souvenirs de Jean-Claude Marin. (8 ans en 44.)
Année 42-
Henry, 15 ans et demi, toujours rue des Carmélites avec les siens, “volontaire pour servir dans la Défense Passive avec des camarades Scouts de France, je suis affecté à la mairie de Caen, où je retrouve André Heinz (cité plus loin), camarade de mon frère aîné.”
Henry Mengin.
Une D.C.A. est également mise en place à Plumetot. Les bombardiers Messerschmitt sont basés à Mathieu et les chasseurs Messerschmitt sur Plumetot. (Cette piste était dans le champ derrière les 28 et 30 Bout Basset et le hangar jouxtant la ferme actuelle de Jean Demonchy).
Récit de Jean Demonchy.
1944-
Renforts allemands sur le mur de l’Atlantique. Des asperges de Rommel et des mines sont installées dans les champs pour empêcher les avions d’atterrir, très dangereux pour les moissons.
Récit de Jean D.

Mars 1944-
Un avion anglais s’écrase dans les champs vers Hermanville. Les trois occupants (le pilote était probablement anglais et les deux autres des agents secrets français) se réfugient, la nuit, chez Mme Lechevallier avant de filer sur Caen. Cela déclencha des fouilles systématiques des Allemands, dans chaque maison, au matin, pour les trouver.
Récit de Jean.
Mme. Lechevallier cacha ces 3 personnes à l’insu des siens, forts mécontents de découvrir cela le lendemain.
Précision de Janou Bunel, petite-fille de Mme Frémond qui habitait à côté.
Même date-
Un des trois hommes était blessé. Avant de s’éclipser, à l’aube, ils remirent à Mme. Lechevallier une sacoche, lui disant que quelqu’un viendrait la chercher et que le mot de passe serait: « 13 à la douzaine ». Effectivement, une femme vint la récupérer le lendemain. Le bruit courut que cette sacoche contenait les plans du débarquement. A partir de ce moment-là, chaque famille, dans Plumetot, se prépara un abri pour le jour “J”.
Récit de Georges Hamelin, notre maire, 5 ans en 44.
En réalité, cette sacoche fut confiée à une famille de Caen, rue d’Auge, mais la somme d’argent qu’elle contenait, pour la Résistance, ne fut jamais retrouvée.
Précision d’André Heinz, résistant de Caen.
Fin mai 1944- Une voiture, escortée d’un convoi, visite les installations militaires de Cresserons et de Plumetot. C’est Rommel, qui part aussitôt après pour l’anniversaire de sa femme en Allemagne,8 jours avant le jour “J” !

Pendant le débarquement
Nuit du 5 au 6 juin 1944-
Pour s’abriter des bombardiers, beaucoup de Cresseronnais se réfugient dans le chemin des Vallées, encaissé et bordé de grands arbres. Premiers bombardements. La ferme des Buhours (Cresserons) est très endommagée. Les Alliés semblent l’avoir confondue avec celle des Ygouf, à Plumetot, où plusieurs canons allemands étaient installés.
Livre de Cresserons.
6 juin 44-
“Vers 4h du matin, nous sommes réveillés par des bruits sourds venant de la côte. Mon père, qui savait l’imminence d’un débarquement, nous en informe. Que de joie ! Mais bien longue fut cette première journée ! Il y eut cette fois peu de morts et de blessés, mais les Caennais, qui pensaient attendre jusque-là tranquillement l’arrivée des Anglais, fuirent en nombre vers la campagne au sud de la ville pour y trouver plus de sécurité. Un peu plus tard dans l’après midi, je vais prendre des nouvelles de M. et Mme. Foy, amis intimes de la famille et parents de Patrice Foy, qui deviendra plus tard curé de Plumetot.
Vers dix-neuf heures, je vais au presbytère St Jean, rue des Carmes, voir le chanoine Pelcerf, qui arrive un moment plus tard chez nous avec calices et ciboires de l’église St. Jean pour les mettre à l’abri dans notre coffre-fort. Tout autour les maisons brûlent, le quartier est en flammes et seules restent accessibles à pied la rue St Jean, en direction de l’Orne, et la rue Gabriel Dupont.
Par la passerelle de l’Orne et la rue de l’Arquette, avec nos vélos, nous gagnons les carrières de Fleury. Nous y resterons jusqu’au 10 ou 12 juin, avec un petit millier de personnes, à même le sol des carrières. La ville est un immense incendie que nul ne peut approcher.
Lorsque, au bout de quelques jours, nous revenons, il ne reste rien qu’un cratère, un énorme tas de pierres fumantes et un arbre ! Nous avons les larmes aux yeux, tant de souvenirs de famille disparus, mais mon père me regarde en disant : “nous avons beaucoup de chance, nous sommes tous vivants” Dans le fond d’un cratère, tout de même, nous retrouverons une baignoire et, posée au milieu, une petite Vierge à la chaise en bronze doré, intacte, qui ornait une pendule dans la chambre de ma sœur, et puis, sous l’escalier du jardin, la cage du lapin, encore vivant, que nous avons relâché dans les ruines, incapables de le garder.”
Henry Mengin.
6 juin 1944-
Pendant ce temps, à Plumetot, le matin du débarquement, Jean-Claude Marin, petit garçon de 8 ans, était dehors avec son verre de café au lait à la main. Le bruit était tel que les maisons tremblaient et les mains de l’enfant tout autant, si bien qu’en rentrant dans la maison, il n’y avait plus une goutte de café dans son verre.
Souvenir de Jean-Claude.
Ce même 6 juin –
Jean est obligé de transporter dans sa vachère la cuisine roulante des Allemands qui se sont réfugiés à la “Pierre-au-Diable” et dans le bois de Ste. Marie. Même chose pour y transporter des obus dans l’après- midi, Jean refuse et prête seulement le cheval et le tombereau. Les Allemands s’enfuient vers 16 h.
Récit de Jean.
La nuit suivant leur départ, le jeune Allemand venu la veille réclamer la vachère (et apparemment enrôlé de force au moment de l’invasion allemande) vient, avec un camarade, frapper discrètement à la porte des Marin et demande si on peut leur donner des vêtements. C’est une fille Marin qui leur en donne. Que sont-ils devenus ? Ils se seraient rendus aux Anglais.
Récit de Jean Claude Marin
Nuit du 6 au 7 juin. Venant de Lébisey, des Allemands essaient de revenir, au bout du champ des Demonchy. Ils repartent vite fait.
Récit de Jean.
7 juin au matin.
A 8h.30 les Anglais entrent à Cresserons, traversent, prennent la route de Plumetot et vont au bois de Ste. Marie avec leurs chars. Brefs combats. A 10h. Jean voit surgir d’une tranchée, au fond de leur champ (Bout Varin) des Anglais, mitraillettes en joue, peu commodes, venant de Colleville. Ils comprennent qu’il n’y a plus d’Allemands et baissent leurs armes.
Récit de Jean.
7 Juin au matin.
Même moment vu par un enfant de 8 ans. La tranchée des Demonchy, en forme de U et étayée par des poutres, abritait les Demonchy, les Ygouf et les Marin. Les enfants devaient se mettrent tête-bêche pour tenir. Ils avaient donc des poux de la tête aux pieds ! Il fallait rester parfois 2 à 3 jours dans la tranchée, sans trop en sortir. Quand il y avait une accalmie, Marguerite Demonchy sortait traire les vaches pour avoir du lait pour les enfants. Quand les Anglais arrivèrent, prêts à lancer une grenade dans la tranchée au cas où un Allemand s’y serait abrité, le père Marin se dépêcha de sortir le bras du trou en agitant un mouchoir blanc. Une fois rassuré, tout le monde partagea un coup de cidre.
Souvenir de J.C Marin.
Un tir de barrage serré a lieu sur Plumetot (sans doute anglais). Un obus tombe dans la grande maison, Bout de la Burbulence, en face de la maison actuelle de Jean-Claude, la maison de Mme Lechevallier est démolie, Bout des Hue, (maison actuelle des Durécu) et le manoir des Mengin reçoit un obus de marine sur un pignon.
8 juin.
Débarqué à Graye-sur-Mer, ayant traversé Douvres puis Cresserons, le sergent 3ème classe de batterie Reg Elsey entre dans Plumetot avec ses hommes, l’après-midi, et ils s’installent dans le verger des Buhours, en haut du Bout Basset, pour une semaine. Ce sont les premiers Anglais arrivés à Plumetot.

Récit de Reg Elsey.
Mme. Bandrac (Renée Marie) s’en souvient fort bien, ainsi que de l’herbage, en haut à gauche du Chemin du Maréchal, qui servit, plus tard, d’espace de réparations, une fois l’aérodrome mis en service.
Souvenir de Renée Marie, 12 ans en 44.
Cet herbage, lui, appartenait à l’époque à Mme Biron
(Précision de Mme Jourdan)
Vendredi 9 juin –
Un artilleur du groupe de Reg.Elsey est gravement brûlé, après une erreur de manipulation, avec de l’essence en faisant chauffer sa ration. Il est transporté à Juno pour les premiers soins, puis par bateau en Angleterre où il peut se rétablir.
Récit de Reg Elsey.
12 juin 44-
“Je suis affecté dans les équipes d’urgence au centre de triage du Bon Sauveur. Mes parents y trouvent refuge chez les religieuses, où ils resteront jusqu’à la fin août; ils y sont rejoints par ma sœur et son bébé. Du 12 juin au 8 juillet les nuits seront courtes, sans arrêt sur la brèche au sud de Caen ou dans le centre de la ville pour transporter les blessés et chercher dans les ruines ceux qui sont restés pendant des jours enfermés dans les caves recouvertes d’éboulements.”
Henry Mengin.
Nuit du 12 au 13 juin –
Croyant avoir affaire à un Allemand, une des sentinelles de la patrouille tue par erreur un de ses camarades, trop endormi pour répondre à la sommation en allant se soulager derrière un pommier. L’aumônier de la division militaire effectue un enterrement succinct et l’homme est inhumé dans une couverture de l’armée à même le sol, dans un angle du verger. Le transfert de son corps se fit quelques mois plus tard.
Récit de Reg Elsey.
Dimanche 12 juin–
Reg est invité à déjeuner le midi, au 23 Bout Basset, par la famille François. Quel formidable souvenir, amical et culinaire !
Récit de Reg Elsey.
Lundi 13 juin –
Reg et quelques camarades voient et entendent, devant l’église au-dessus de leurs têtes, un “objet non identifié ” venant de l’intérieur des terres et s’orientant vers la Manche et l’Angleterre. Ce qu’ils prirent d’abord pour un missile s’avéra être un V1, la première bombe volante envoyée sur Londres.

Récit de Reg Elsey.
Mardi 14 juin –
Une unité d’un régiment de la R.A.F. avec véhicules et “J.C.B.” (engins mécaniques pour creuser) , section du génie (mécaniciens, constructeurs de ponts, etc.) commence à niveler le sol avant de poser des tapis en mailles d’acier entassés près de la haie. C’est le début de l’aménagement du “B 10”.

Récit de Jean.
” La piste en terre battue est doublée d’une piste parallèle recouverte d’un tapis goudronné. Il sera le seul, sur les 19 autres aérodromes de campagne britanniques, à posséder une telle protection pour éviter la poussière destructrice sur les moteurs d’avions.”

Livre de Mathieu.
Les chars anglais démolissent le mur, côté rue, du Clos du Bout Basset, ainsi que celui du presbytère, pour une meilleure circulation des engins (n°s 22, 24, 26, 28, 30 actuels).
Souvenir de Georges Hamelin.
Dans l’herbage, Bout des Hue, face à la ferme de Jean Demonchy (à l’époque à ses beaux- parents), tous les Anglais sont tués dans leur tranchée personnelle par des grenades parachutées.
Récit de Jean.
Il s’agit très probablement d’une “bombe-kilo”, sorte de petit container, lâchant des bombes anti-personnelles juste au-dessus du sol.
Précisions d’André Heinz.
Un pilote anglais (professeur de Français !) s’abritait, avec un camarade, dans un grand tonneau qui se trouvait coincé entre le mur de la ferme actuelle de Jean et le mur du hangar d’aviation allemand désaffecté. Y pénétrer par le guichet était un exploit mais c’était un bon abri, sûr, car ils ne furent pas tués.
Récit de Jean.
Les Allemands, retranchés à Biéville, sortaient furtivement les canons de leurs galeries pour tirer sur le B 10. Ces tirs, sans régularité, étaient aussi dangereux pour les Anglais que pour les habitants. Un avion de reconnaissance finit par les neutraliser.
Livre de Mathieu et récit de Reg.
juin 44-
Clémentine Picard, 24 ans, est apprentie-coiffeuse rue de Bernières à Caen. Son fiancé, René Jourdan, 22 ans, est déjà en Allemagne depuis un moment. Il travaillait depuis l’âge de 13 ans aux Tricoteries de Villers et son patron l’avait prévenu qu’il avait dû donner son nom au préfet pour le S.T.O., le service du travail obligatoire. Il y reste 26 mois à l’entretien des chars.
Récit de Mme. Jourdan.
Livre de Cresserons.
Après le débarquement
8 juillet-
Clémentine Picard, appelée aussi “Georgette”, se trouve au café du Pont-Créon avec des réfugiés quand les bombardements de la bataille de Caen (commencés le 6) redoublent d’intensité. Elle s’abrite dans l’embrasure d’une porte, pensant être à l’abri, quand tout s’écroule sur elle. Elle reste enfouie 7 à 8 heures sous les décombres, le temps pour ceux qui veulent la dégager et la sauver de gratter à mains nues les gravats.
Presque étouffée, la jambe broyée, affolée, elle appelle son père, décédé en 42. Au fur et à mesure du dégagement, la poussière vole et l’étouffe plus encore, si bien qu’il faut verser sans cesse de l’eau dans le trou pour plaquer la poussière au sol jusqu’à son dégagement complet. Elle est transportée en urgence au Bon Sauveur sur un brancard, à pied, par des réfugiés. En arrivant devant la porte, un nouveau bombardement affole les brancardiers d’occasion qui la laissent choir pour aller s’abriter. Elle se retrouve par terre, le brancard sur la tête.
(Clémentine) Georgette est amputée quand un obus tombe derrière le mur au niveau de sa tête pendant son opération. Tout vole en éclats. Des centaines de blessés affluent et, comme eux, elle est couchée à même le sol sur des matelas alignés les uns contre les autres dans toutes les pièces disponibles, cantine, couloirs etc… Ils restent ainsi 7 jours sans pratiquement rien manger, attendant la mort. Le docteur Mauger, qui l’a opérée, sera tué peu de temps après, au cours d’une autre opération, par un autre bombardement !
C’est l’ambulance du Dr. Lévêque, dentiste à Douvres-la-Délivrande, qui la conduit à travers les trous de bombes avec 3 autres blessés à la Sainte Famille. L’un d’entre eux est déjà mort à l’arrivée. Clémentine reste à la Ste. Famille 2 nuits puis va chez son frère, et ensuite chez une cousine, toujours à Douvres.
Souvenirs de Mme Jourdan .
Du 9 juin au 8 août – Le colonel Ian Hammerton et les 22èmes Dragons s’installent à Cresserons.

Du 8 juillet au 15 août 44-
“On me demande comme volontaire, avec deux camarades, pour une mission dans le secteur d’Aunay-sur-Odon avec l’ambulance du Bon Sauveur afin d’évacuer des blessés et des vieillards se trouvant près de Villers-Bocage, entre les lignes de combats. Vu l’heure tardive de notre arrivée, le maire de Bonnemaison nous conseille de passer la nuit sur place. Le lendemain, informés que Caen avait été libéré dans la nuit, il devenait impossible de rentrer; nous confions nos vieillards au château des Clermont-Tonnerre, transformé en hôpital et rejoignons l’antenne médicale du Bon Sauveur à Vire.”
Souvenir d’Henry Mengin.
De juillet à décembre 44-
Ron Pamphlet fait des va-et-vient permanents avec sa moto, en tant qu’estafette, sous les ordres du Major Keast et du Captain Smuht(?) basés au “château”, Bout Basset. (manoir actuel des Gruau)

Souvenir de Ron Pamphlet, rencontré dans la rue en 2002.
En juin et juillet 44 –
Le Major E.R. Hargreaves et ses hommes, de la 26ème section d’hygiène du corps médical de l’armée britannique, sont installés au “château”. Le Major devient le généraliste local pour les villageois. Ronald Ritson était son ordonnance.

Récit de Joseph Ritson, petit-neveu de Ronald Ritson.
Le 19 juin –
Un terrible orage inonde le B 10 et le rend momentanément inutilisable, alors que les pilotes des Typhoons (dont Paul Ezanno et Denis Switting font partie) attendent avec impatience de l’utiliser. Chaque fois que la piste était inondée, les pilotes devaient partir du B 5, mais revenaient tous les soirs à Plumetot car leur campement y était installé, tout autour de la piste. Ce n’est que vers les 24- 25 juin que le B 10 fut assez sec pour être enfin opérationnel.

Récit de Reg et de Denis Switting, pilote, ami de Reg.
Le mauvais temps nous a cloués au sol l’après-midi en retournant au B 10 par la route, nous faisant renoncer à voler. Avec lassitude, nous nous sommes allongés sur nos lits tant que la pluie battante tombait sur nos toiles de tentes. Tout le temps de cette pluie monotone, des petites fuites apparaissaient, et la pluie tombait sur nous et nos équipements.
Quand elle s’arrêta, nous regardâmes dehors pour voir le soleil essayant de percer les nuages. Je suggérai d’aller marcher. Norman m’accompagna avec un peu de réticence et pour la 1ère fois depuis notre arrivée en France 4 jours auparavant, nous pûmes sortir pour explorer le coin. Traversant les arbres et la haie du champ près de la route, nous marchâmes prudemment vers Plumetot, guettant la moindre trace de mines.
Le village était désert, à part l’habituel vieux monsieur assis sur le seuil de sa maison. “Bonjour, Monsieur !” dis-je audacieusement, essayant pour la 1ère fois mon français d’écolier. Il releva la tête, me regardant sans expression, et me répondit laconiquement:” Bonjour”. Dans nos uniformes bleus il pensait très probablement que nous étions Allemands et qu’il était surprenant qu’un ” boche” revienne.
Nous avons continué à travers le village. Plusieurs maisons étaient sévèrement endommagées et criblées de balles.
Il y avait un très petit trafic armé sur ces routes depuis qu’elles étaient devenues un axe de repli militaire vers la mer. Nous avons marché à peu près 2 km. le long d’un chemin allant à Lion-sur-Mer. Tout au long des plages, de Luc à Riva-Bella, la dévastation était immense.
Norman déclara que c’était pire qu’à Dunkerque et nous sommes revenus au B 10, discutant plus qu’à l’ordinaire, heureux de ne pas avoir pris part à la destruction de ce qui avait été, avant la guerre, un lieu de vacances populaires.”
Ecrit de Denis Switting.
Le 20 juin 44 –
“Nous nous sommes déplacés de Plumetot vers la ferme Delacour, près de l’église de Périers. Nous avons installé notre station médicale avancée dans les bâtiments de la ferme.”
Récit du révérend Jim Wisewell, personnel médical pendant le débarquement. Ouest-France du 6 juin 2006.
Début juillet –
“Un obus de la batterie allemande de Merville tombe sur l’épicerie de Plumetot, tuant les propriétaires, Pierre et Andrée Requis, et leur fillette Eliane, 9 ans, ainsi que la jeune Yolande Fossey, de Cresserons, qui meurt étouffée sous les décombres. Une bombe incendiaire était entrée dans la pièce, au rez-de-chaussée, où la famille dormait. Les seuls survivants furent la grand-mère de 90 ans et le chien de berger.” Quelques semaines plus tard, la grand-mère est morte et le Major Hargreaves a acheté le chien pour son collègue, le Major Dixon.

Lettre du Major Hargreaves à sa femme datée du 7 juillet 44. Récit de Joseph Ritson.
Renée Marie se souvient parfaitement des friandises distribuées par les Anglais et les Canadiens installés à 2 endroits différents de Plumetot: chacun affirmait que son thé était bien meilleur que celui des autres.
Souvenir de Mme Bandrac.
9 juillet 44-
Et la nuit qui précède, ainsi que la suivante, c’est un vacarme assourdissant. Il est impossible de se parler et de se comprendre, même dans les maisons, si ce n’est par le “bouche à oreille”. Ce jour de la libération de Caen, Jean voit 600 avions passer dans le ciel de Plumetot.

Récit de Jean D.
En fait, le plus gros bombardement préparatoire à l’entrée des troupes dans Caen le 9 juillet eut lieu le 7 au soir et dura presque 1 heure, à partir de 21 heures; il fut l’œuvre de plus de 300 bombardiers (Halifax et Lancaster) accompagnés de chasseurs.
Précisions d’André Heinz.
Marius Hamelin accueille régulièrement dans sa ferme, pour un petit remontant (poiré, calvados), les pilotes de la R.A.F., bien fatigués. Malheureusement, souvent le soir, certains d’entre eux ne répondent plus à l’appel.

Souvenir de Georges Hamelin.
Georges Watelet, pilote belge de la R.A.F., s’en souvient fort bien et précise qu’ils échangeaient leurs rations de guerre contre de la crème fraîche et du camembert.
11, 12 juillet–
Après bien des aléas, Henry et le conducteur de l’ambulance se retrouvent à Alençon où, sur demande du préfet, ils camouflent leur véhicule, à Damigny (quartier d’Alençon), chez le fromager “Cabaret-Sevrain”, quand, vers 3h30 du matin, 2 tractions noires de la milice et un officier de la Gestapo font irruption. Ordre leur est donné de sortir l’ambulance et, escortés des 2 tractions de la milice, d’aller jusqu’à la prison d’Alençon charger 6 résistants, dont une jeune fille, Monique L.L.. Une première pause est faite au château de Brotz près de Mortagne. La jeune fille est ligotée dans le grenier pendant que les autres prisonniers sont exécutés. L’ambulance, toujours sous la menace des miliciens, cette fois accompagnés de leur famille, doit repartir pour Paris. Arrivés vers 7h du soir, tout le monde descend, Henry et le chauffeur reçoivent l’ordre d’aller garer l’ambulance dans un garage du 10ème arrondissement et de se tenir prêts pour 6h le lendemain matin. Mais, vers 3h les 2 amis s’enfuient avec le véhicule par des petites routes vers Alençon. Ils apprendront par la suite que la jeune fille, restée à Brotz, fut conduite à Ravensbruck, puis libérée plus tard par les Russes. Henry la revit dans les années 2000. Devenue Mme C. de F., la cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur lui fut remise en 2010.
Récit d’Henry Mengin.
Juillet-août 44-
“Nous faisions des navettes permanentes entre Villers, Thury, Mortain, la Ferté-Macé et Sées. C’est la période où les combats, à Vimoutiers et Trun, faisaient rage et nous fûmes plusieurs fois pris parmi les convois de chars allemands. Puis l’ambulance fut mise à la disposition du Préfet, à Alençon.
Début août les Allemands nous font évacuer l’hôpital, vers le Sud ”
Récit d’ Henry Mengin.
Le 16 août 44 –
Denis Sweeting, à bord de son Typhoon, quitte le B 10 pour Trun et réussit à détruire 3 tanks, 4 A.F.V. et 2 M.E.T. Le 19, la poche de Falaise est enfin libérée.
Carnet de bord de Denis Sweeting.
(AFV = véhicule blindé de combat. MET = transport ennemi mécanisé.)
Il y avait des possibilités de détente juste derrière la ligne de front. Un groupe d’artistes venait à Luc- sur-Mer et des séances de cinéma étaient offertes dans une petite salle de classe à Plumetot. L’unité de bain mobile était aussi basée à Plumetot. Des chemises et des pantalons flambant-neufs et des serviettes étaient distribués en échange du linge sale et le “Middlesex Battalion HQ” avait créé une baignoire très spéciale dans la cour de ferme des techniciens.
Sources anglaises.
Fin août- Après les bombardements de Plumetot, Clémentine revient chez sa mère et sa grand-mère, Mme Biron, 19 Bout Basset (actuelle maison de Mme. Lefèvre), sur la moto d’un prêtre canadien, le père Leblanc, qui l’avait prise aux Allemands. Il avait été sollicité pour soutenir Mme. Biron, bouleversée de découvrir l’état de sa petite-fille.
Pendant des années, sans succès, Clémentine et René Jourdan ont essayé de retrouver la trace du père Leblanc, jusqu’au Canada. Clémentine bénéficia ensuite des béquilles du cordonnier de Plumetot, M. Claisse, amputé lui-même à la guerre de 14, et elle fit plusieurs fois Plumetot-Douvres à pied avec ses béquilles.
Souvenirs de Clémentine Jourdan.
Août 46-
Les Mengin reviennent chez eux à Plumetot. La plus grande partie du mobilier a disparu, brûlé ou emporté. Le grenier est rempli de paille qui a servi pour coucher la troupe. Le feu étant un trop grand risque, le grenier est vidé par les jeunes cousins d’Henry et le jardinier Gaston Vincent qui retrouvent des balles sous la paille, ainsi que quelques objets cachés par les soldats.
Henry Mengin.
Jean Demonchy a quitté les siens le 19 mai 2007.
René Jourdan a quitté les siens le 31 mars 2008. Il fut secrétaire départemental des anciens du STO, victimes ou rescapés des camps nazis.
George Reginald (Reg) Elsey est décédé le 27 décembre 2007.
Madame Jourdan fut, jusqu’à 90 ans, présidente des amputés de guerre civils du Calvados.
D’autres souvenirs s’ajouteront à ceux-ci, mais je veux déjà remercier tous ceux qui ont répondu si simplement à ma demande et qui m’ont permis, par leurs récits, de réaliser ce début de recueil pour la “mémoire” de Plumetot.
Je remercie tout particulièrement Reg Elsey qui a consacré une année entière à rassembler ses souvenirs et à les transcrire pour nous avant sa mort en 2007.
Ainsi que Jim Hackett, le Dr. Bénamou et mon mari, qui en ont assuré la traduction et les corrections.
Plumetot, janvier 2016, Françoise Hallot.
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